Former au plus tôt à l’utilité de la maquette numérique

La généralisation à grande échelle de la maquette numérique passera-t-elle par un changement de comportement, de génération? Beaucoup pensent, sans doute à juste titre, que les écoles ont un rôle très important. Comme l’explique Rolland Billon, enseignant et vice-président de Medi@construct, chaque fois que les enseignants ont monté des ateliers collaboratifs entre écoles de nature différente, l'adhésion des étudiants a été totale! Par exemple, à l'ENSA de Marseille, il existe depuis 6 ans un enseignement théorique sur les TIC, les IFC, prolongé par un atelier de projets collaboratif entre l'école d'architecture et l'école d'ingénieurs des Mines d'Alès en cinquième année pour les architectes, en deuxième ou troisième année pour les ingénieurs. D'autres expériences plus récentes existent à Toulouse, Nancy ou Bordeaux. Selon Rolland Billon, “le véritable problème, c'est que ces expériences pédagogiques sont marginales, optionnelles, insuffisantes pour apporter une réponse significative aux besoins des professionnels de la Construction, exprimés à travers le livre blanc d'eXpert (cf. ci-dessous), pour provoquer l'évolution de nos professions vers le numérique. Nous sommes en panne, car les professionnels comptent sur les jeunes diplômés pour aborder l'aspect technique et économique, donc social, du traitement de l'information du projet, et résoudre les défis qui nous occuperont pendant le siècle à venir”.

Dans ce reportage, l’approche menée depuis 3 ans à l’ENSA de Paris Val-de-Seine avec EVCAU est décrite par Olivier Celnik et André Del. “Nous avons mis en place un groupe de travail aboutissant à un document de synthèse pour les quatre années et demi que dure l’enseignement en école d’architecture, principalement en deuxième année très orienté sur la maquette numérique. Ce sont des outils qu’un étudiant doit maîtriser aujourd’hui en symbiose avec ses cours d’architecture, d’arts plastiques et de construction. Au sein de l’école, nous cherchons à faire comprendre que l’informatique ne se résume pas à du dessin. Par exemple, en s’appuyant sur les impératifs de développement durable, nous expliquons qu’il est impossible de réaliser des simulations sans les outils de maquette numérique. Nous combattons aussi contre une des idées fausses qui résume la maquette numérique à la 3D. La maquette c’est le projet, le futur bâtiment avec de la 2D, de la 3D et tous les documents du projet échangés entre professionnels”.

Toutefois, force est de constater que l’engagement de ces quelques enseignants est sans cesse remis en cause par leurs homologues et les directions des établissements. Il en avait été de même lorsqu’il avait fallu apprendre aux étudiants à se servir de logiciels. Comme l’affirme Rolland Billon: “Cet enseignement à mettre en place dans les 160 établissements concernés par la Construction et l'Aménagement, l'Architecture et l'Urbanisme, doit être généralisé, devenir obligatoire. Cette action préalable et urgente se heurte à une certaine indifférence, voir même à une opposition d'un trop grand nombre de nos enseignants, voir de nos responsables pédagogiques et administratifs, car elle remet en question les habitudes, l'organisation de l'enseignement, à homogéniser entre toutes ses composantes pour permettre les échanges. Elle nécessite un décloisonnement de notre enseignement, avant celui des professions de la Construction. Elle implique une évolution de nos mentalités. Elle dérange. Il ne s'agit pas d'une réforme de plus, qui serait limitée à deux matières (TIC et DD). Il s'agit d'une remise en cause fondamentale de la mission des écoles et de sa recherche adossée. Elle n'est pas politique. Elle est sociétale”.


Reportage réalisé par Xavier Fodor et Alexandre Martin.

 

+ d’infos: Conclusion du livre blanc intermédiaire du groupe de travail enseignement au sein du projet eXpert


Il existe un problème dans le secteur de la Construction, mis en évidence une fois de plus par les professions réunies dans le projet eXpert, et désigné comme le principal blocage vers l’appropriation et l’utilisation des TIC. Ce blocage n’est plus technique, ni technologique. De ce côté, c’est résolu. La sécurité d’une norme ISO et une adhésion internationale le prouvent (IAI et Building Smart). Le problème qui reste entier est plus difficile à résoudre. Il est né il y a un demi-siècle. Il s’est amplifié. Il entraîne des dysfonctionnements d’ordre économique et social. Ce blocage porte un nom: «le cloisonnement des métiers du secteur de la Construction». Y remédier sera difficile, car ce problème est à la fois structurel et culturel.  C’est pourquoi, pour effectuer le premier pas, tous les acteurs concernés semblent paralysés.

Le projet eXpert propose, non pas bien sûr la solution, mais le mécanisme, la stratégie qui pourrait mettre en route l’engrenage. D’abord en agissant d’une façon prioritaire sur les études de projet (Maîtrise d’œuvre). Ce qui constitue le préalable le plus logique, le plus efficace. Mais pas le plus facile, car cette étape élabore les décisions qui conditionnent la réussite d’une opération : la conception des ouvrages. De plus, le traitement du Développement Durable complique encore un peu plus l’arbitrage nécessaire entre ressources et contraintes.

Plus tard viendra le tour des entreprises de construction, qui opposent des ruptures culturelles encore plus difficiles à résoudre au traitement continu de l’information du projet. Aujourd’hui, les majors du BTP, dont les activités de construction sont maintenant complétées  par des coopérations de partenariat avec le secteur public, et qui de ce fait détiennent en une seule main presque tous les leviers, sont d’ores et déjà conscients de l’intérêt d’utiliser une base de données numérique (BIM normalisé ou propriétaire) depuis la conception, jusqu’à la GTP, en passant par la construction. Dans le cas des PME, des regroupements multi-corps d’état dans une optique d’ensemblier, associés à des équipes interopérables d’architecture et d’ingénierie, et utilisant un système d’information du projet normalisé, pourraient représenter des pistes intéressantes à explorer.

Le rôle clé de l’enseignement  des TIC, du DD et de l’interopérabilité. Il est impossible de modifier la culture professionnelle de tout un secteur d’activité, s’il n’existe pas une motivation si forte qu’elle incite à changer d’habitudes. Dans le cas des architectes et de l’ingénierie, cette motivation ne peut exister tant qu’ils ne seront pas soumis à des appels d’offre les invitant à répondre en équipe interopérable constituée autour d’un système d’information normé. Les enquêtes menées par l’UNSFA et la CICF le confirment. De son côté la maîtrise d’ouvrage hésite à organiser des appels d’offre trop prescriptifs, car il n’existe pas encore suffisamment de professionnels formés sur ces nouvelles pratiques pour y répondre. Les opérations pilotes, prévues ou en cours, absorbent les partenaires compétents existants. La formation permanente n’est d’ailleurs d’aucun secours, car les cabinets d’architecture et les BET ne sont pas disposés à y recourir, faute de mise en pratique immédiate. Une expérience de formation permanente interprofessionnelle récente, menée avec la DAPA, en fournit une illustration.

Nous tournons en rond dans cette situation de blocage. Il convient donc de traiter le problème à sa racine. Comment disposer massivement de nouvelles compétences? La seule réponse possible appartient à l’enseignement initial qui doit se mobiliser pour accompagner les professionnels dans leur progression technique et technologique, et répondre à une urgence économique et sociale. En l’occurrence, les compétences disponibles créeront le marché. Les 120 établissements d’enseignement du secteur de la Construction et leurs laboratoires de recherche adossés en sont capables, sur les thèmes précis des TIC, du DD et de l’interopérabilité. C’est exactement la conclusion à laquelle sont arrivées les professions, résumées dans ce livre blanc.

Mais en se focalisant uniquement sur les établissements de formation du secteur, et sur les trois matières essentiellement interdisciplinaires à introduire, nous nous heurtons à un nouveau problème: celui du cloisonnement de notre enseignement, qui reflète lui aussi celui du secteur d’activité auquel il appartient.

Exercice difficile en effet de monter un enseignement collaboratif du projet qui nécessite de réunir pour des périodes prolongées des étudiants en provenance de plusieurs établissements de spécialités différentes. Les emplois du temps sont toujours impossibles à concilier. Les absences perturbent le déroulement du cursus pédagogique de chaque école. La norme de communication des données du projet efface ces difficultés par la mise en place d’ateliers interopérables virtuels, utilisant des logiciels et procédures à distance. La réunion physique en atelier est limitée à des moments pédagogiques privilégiés.

La mise à niveau technique et scientifique des écoles d’architecture. Le nouvel enseignement suppose la mutualisation de procédures collaboratives autour du projet par tous les établissements d’enseignement, de recherche et de formations. Ils doivent avancer ensemble pour réaliser cette pédagogie de rupture, qui vraisemblablement devra s’appuyer sur les TICE. Les écoles d’ingénieurs ne devraient pas rencontrer de problèmes de mise à niveau, mais surtout des problèmes d’organisation, plus faciles à résoudre.

Dans une équipe interopérable, c’est l’architecte qui joue le rôle principal. A l’école aussi. L’évolution des écoles d’architecture sera donc plus difficile, concernées non seulement par une nouvelle organisation, mais aussi par un nouveau contenu pédagogique bien identifié qui s’ajoute à l’existant. Il faut introduire de nouvelles matières dans des emplois du temps déjà saturés, utiliser de nouvelles technologies, mettre en œuvre une nouvelle forme de pédagogie du projet, nouer des relations durables de coopération avec les établissements d’enseignement des métiers partenaires, adapter l’environnement administratif et les ressources humaines aux nouvelles exigences.

Conditions pour permettre à l’étudiant qui se destine à cette nouvelle forme d’exercice de la maîtrise d’œuvre d’acquérir un niveau de synthèse scientifique et technique suffisant pour conduire, dès l’école, les procédures intéropérables devenues complexes, maîtriser les technologies et ses outils informatiques, et acquérir une culture suffisante en ingénierie. Ce qui suppose aussi organiser un recrutement homogène de candidats dont le niveau général est suffisant pour suivre ce cursus, lequel soulève aussi un problème de différenciation du diplôme…

Cette évolution n’est donc pas anodine, même si elle peut se réaliser en plusieurs étapes. Les professions alertent donc ces écoles sur cet impératif besoin de suivre, si non de précéder, l’évolution mondiale des métiers de la construction. Contrairement à la majorité des pays européens ou industrialisés, la France  est en mauvaise posture pour cette évolution, car elle n’a pas diversifié ses filières de formation des architectes.

En tout état de cause, il est préoccupant de constater que le succès de la mutation des métiers du secteur de la construction vers les TIC et l’interopérabilité est suspendue à l’évolution des écoles d’architecture afin de mettre sur le marché de l’emploi un apport massif de compétences.

A mi-chemin du projet eXpert s’ouvre une période de concertation, pour que l’enseignement du secteur de la construction examine les attentes et les recommandations des professionnels. En retour, les contributions des écoles d’architecture, d’ingénieurs, laboratoires de recherche, départements universitaires, concernés par la Construction et l’Urbanisme, feront l’objet d’une synthèse lors d’une rencontre avec les professions.

La version finalisée du présent livre blanc sera présentée aux ministères de tutelle des établissements du secteur en vue d’établir un plan d’action.

Télécharger en totalité le livre blanc du groupe de travail enseignement

voir aussi: www.buildingsmart.fr

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Ajoutée le 25/05/09

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