Utiliser la 3D en respectant l’éthique

Quelle confiance accorder aux données 3D? Les représentations sont-elles exactes ou trompeuses? Le sujet revient régulièrement sur le devant de la scène car les écarts d’usages sont grands entre les scènes utilisées dans les jeux vidéos de type Sim City, les animations des promoteurs immobiliers et les socles 3D officiels utilisés notamment par les collectivités dans le cadre des systèmes d’informations géographiques. Dernièrement, le projet de tour pyramidale de grande hauteur qui pourrait s’ériger à la Porte de Versailles de Paris a levé nombre de boucliers. Même s’il s’agissait d’une simple esquisse des architectes Suisses Herzog et De Meuron, élaboré sans même avoir véritablement arrêté une hauteur, beaucoup n’ont pas compris l’exercice. Du coup, certains professionnels s’agacent à juste titre en rappelant qu’il y a 3D et 3D, et qu’une donnée géoréférencée est déjà une valeur sûre... Et alors que le cabinet Herzog et De Meuron était au centre des débats, ce sont justement des Suisses -reconnus comme particulièrement avant-gardistes en matière de 3D pour l’architecture et l’urbanisme- qui se sont penchés sur le sujet en élaborant une Charte d’éthique avec leurs voisins l’Agence d’urbanisme de Lyon IGN et deux autres références en la matière: l’IGN et Géovision-Avenir (GVA). Présenté lors du salon Imagina, en février 2009, ce projet reste en discussion, comme l’explique dans ce reportage Philippe Matthey, Secrétaire général du département du territoire au sein de la République et Canton de Genève, à partie de ses propres usages d’un socle de données 3D. Il a toutefois le mérite de poser des principes généraux et des bases que pourraient appliquer dans un avenir proche (dès février 2010?) architectes et urbanistes Suisses, Français et très probablement Européens.


Reportage réalisé sur Imagina 2009 par Xavier Fodor et Alexandre Martin.


+ plus d’infos : Le projet de Charte d’éthique


Voici la reproduction intégrale du projet de “Charte d’éthique pour une utilisation crédible de la représentation tridimensionnelle du territoire fondée sur des données avérées”. Ce projet encore en discussion, notamment à travers un forum Internet a été dévoilé début février lors d’Imagina 2009.

Introduction


La troisième dimension constitue sans contexte une percée majeure en matière d’outils de politiques publiques. Tant pour ce qui concerne la gestion du territoire au quotidien, que pour la compréhension des projets d’aménagement, la concertation entre les collectivités, les élus et la population, mais aussi et surtout pour son aide à la prise de décision. Encore faut-il, pour cela, que l’ensemble des données d’une représentation tridimensionnelle du «terrain» et que les modélisations retenues répondent à une somme d’exigences reconnues par l’ensemble des acteurs.

Même les maquettes carton, même les plus réalistes et les plus fines, rendent encore insuffisamment compte de la réalité objective du terrain, lorsqu'il s'agit par exemple de restituer avec exactitude des gabarits et des perspectives, sur la base d'un parcellaire en deux dimensions. Nombre de projets risquent de pâtir de ces carences, lorsque la vision du décideur ne coïncide pas nécessairement avec celle du promoteur. Il s'agit pour l'essentiel de fournir des éléments d'appréciation permettant aux instructeurs des dossiers et aux populations concernées de visualiser l'impact d'un projet dans son cadre réel. Le maître d'œuvre doit situer son projet dans le quartier, donner à voir comment le bâti qu'il propose s'intègre vis-à-vis des voisins et expliquer ce que l'on verra. Ceci est prépondérant en particulier pour ce qui concerne l'insertion de nouveaux bâtiments dans le paysage.

Nous observons une grande palette d'utilisation de la 3D; il existe un gradient, de l'univers du jeu aux domaines administratifs régulés par les différentes législations. L'univers du jeu a permis un essor sans précédent de la 3D, avec des images de synthèse, des univers de type "Sim City", "Second life", "Spore", etc. Les milieux immobiliers publient pour leur part de plus en plus de renseignements en images de synthèse, pour promouvoir un projet, vendre des appartements, etc. Enfin l'administration publique a besoin de données et d'images qui ne travestissent pas la réalité, afin de se prémunir de prises de décisions in-suffisamment fondées ou même inadéquates.

Dans tous les cas, l’utilisateur institu- tionnel a besoin de données avérées, fiables et d'une précision suffisante, en vue d’une utilisation crédible des visualisations tridimensionnelles du territoire pour répondre aux besoins, aussi bien en matière de concertation lors de la phase d'élaboration et de présentation des projets, que pour ce qui concerne la simulation de situations réelles, telles que les émissions de bruit, les calculs d'ensoleillement, l'analyse de la visibilité, etc.

La présente charte s’inscrit dans cette perspective. Elle s’adresse aux services de l’administration, aux collectivités locales, aux acteurs économiques et aux unités de recherche qui saisissent, gèrent, utilisent et diffusent des géo-données tridimensionnelles ou qui créent et publient des représentations tridimensionnelles. En signant la charte, ils s’engagent activement à respecter les principes, les valeurs et les exigences portées dans leur travail quotidien et dans les mandats avec leurs clients tant publics que privés.

Ils s’engagent également à promouvoir cette charte.

Principes généraux et valeurs


Nous voulons une utilisation crédible de la représentation du territoire, 
- en nous engageant à créer des images de synthèse ou des scènes tridimensionnelles sans manipulation afin d’éviter d’influencer à son insu le spectateur, le client, le décideur,
- en utilisant des données géométriquement juste et possédant une qualité suffisante pour représenter la réalité ou le futur projet,
- en précisant systématiquement les objectifs de communication de chaque image de synthèse utilisée, en mentionnant la légende correspondante, 
- en faisant progresser l’utilisation des représentations 3D du territoire en fonction des étapes du projet,

- en nous engageant à ne pas:

    dissimuler certains éléments susceptibles de modifier la perception d’un site ou d’un projet,supprimer ou ajouter des éléments afin d’influencer la perception d’un site ou d’un projet,sélectionner,

    éliminer des images ou des scènes,

    supprimer des éléments permettant d’avoir une perception correcte de l’échelle de l’image ou de la scène tridimensionnelle,

    faire figurer des détails, aménagements ou autres éléments qui ne seront jamais mis en œuvre, afin de ne pas transformer la réalité,

    en donnant les sources et informations précises et complètes pour chaque image de synthèse ou scène tridimensionnelle,

    en utilisant des informations actualisées, complètes, vérifiées, exactes et représentatives, tout ceci en fonction de la nature du projet à réaliser.  

Qualification des données et des représentations


Nous voulons faire preuve d’une totale transparence sur nos produits,
- en fournissant les caractéristiques de chaque donnée utilisée, notamment en ce qui concerne sa précision, sa fiabilité, son actualité, son géoréférencement, son exhaustivité, son degré de détail, son étalonnage, sa modélisation,
- en indiquant la traçabilité de chaque donnée utilisée, notamment son mode de saisie, de mise à jour, son origine ou sa source, le propriétaire,
- en précisant les caractéristiques de chaque représentation tridimensionnelle (image ou scène), comme par exemple le contenu, le type de rendu, les paramètres de l’image ou de la scène, les traitements.  Développement de réseaux et formation Nous voulons sensibiliser les différents acteurs sur les principes de cette charte et faciliter la formation continue dans la représentation tridimensionnelle du territoire, 
- en mettant en place un réseau de communication sur la représentation tridimensionnelle du territoire (club 3D, forum,autre), 
- en mutualisant les bonnes pratiques, notamment en matière d’éthique dans l'utilisation de la 3D, 
- en encourageant la formation (initiale et continue) et la recherche, 
- en apportant notre soutien à des projets permettant de mettre en avant les bonnes pratiques.

Consultation


Une charte sur l’éthique 3D se doit d’être évolutive. Le présent document est un premier projet. Nous vous invitons à nous faire part de vos remarques et suggestions. À cette attention une page web a été ouverte sur le forum www.geowebforum.ch , sous le thème «Recherche», et prochainement sur le forum www.clubrge.fr
Vous y trouverez le projet de charte sous forme numérique.
Une première version sera ensuite publiée.

Auteurs


La présente charte a été élaborée en collaboration avec :
Swisstopo Office fédéral de topographie – Wabern
IGN Institut géographique national – Paris
GE-DT République et canton de Genève/  Département du territoire – Genève
Urba-Lyon Agence d’urbanisme de Lyon- Lyon
GVA Géovision-Avenir- Paris
SIA Société des ingénieurs et architectes, section genevoise - Genève
AGG Association des géomètres et géomaticiens genevois - Genève

voir aussi: www.geowebforum.ch

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Ajoutée le 26/02/09

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